
Photo © Rubber Slippers in Italy
« Ouin, ouin, ouin, ouin. Ouin. Ouin, ouin, ouin. *sob sob* Ouiiiiiin ! *slurp slurp slurp slurp*»
Je suppose que c'est à peu près comme ça que je me suis annoncé au monde. Je n'avais pas encore beaucoup de personnalité, mais c'était temporaire – il ne m'a pas fallu longtemps pour que je développe un goût immodéré pour la tétine* et pour à peu près tout ce qui figure sur la liste des situations dangereuses dans les maisons où vivent des enfants en bas âge. Ce dernier élément, c'est ma coiffeuse qui m'y a fait penser hier, façon « Oh lala, tu as plein de cicatrices partout sur le crâne, c'est quand même très violent le rugby ! » Comme elle était visiblement émue par tant de virilité, je me suis abstenu de lui expliquer que l'une est un souvenir d'une partie de colin-maillard qui a mal tourné, l'autre d'un arbre qui a refusé la priorité à ma trottinette, une autre encore d'un tourniquet qui, bizarrement, ne s'est pas arrêté de tourner quand je me suis relevé du sol après avoir tenté de m'éjecter à pleine vitesse ... Je sais me tenir en public, alors je ne lui ai pas montré les autres cicatrices.
Bon, vingt-neuf ans alors. Negenentwintig, neunundzwanzig, niogtyve, twenty-nine. Il n'y a pas si longtemps, ça me paraissait lointain. C'est pas que j'aie une aversion pour l'âge, mais c'est déjà du chemin parcouru. Les chats ne vivent pas si longtemps. Les moustiques non plus, note, mais ça, c'est plutôt bien fait pour leur gueule. Vingt-neuf, c'est un chiffre sans intérêt, ça n'a rien de spécial a priori, sauf que c'est un nombre premier, et que mon dernier anniversaire premier remonte à six ans, alors c'est un jalon important, mine de rien. Il s'en est passé des trucs depuis lors, mais ça ferait long à raconter. J'ai toutefois bien envie de rétrospecter ma saison 2007-2008.
Le truc le plus évident, c'est le sport. Fini le badminton (soyons honnêtes, j'étais aussi crédible sur le court que Sarah Palin dans un congrès féministe), fini le Passage Fitness, bonjour Stadium Kinetix et ses installations hyper design avec piscine. Idéalement situé à équidistance du boulot et de la maison, peuplé de moniteurs sympas, bourré de machines sophistiquées, et à peine plus cher que mon centre de torture précédent, j'adhère. Je me suis aussi enfin décidé à prendre des cours de natation : si je me noie toujours autant, au moins, je le fais désormais avec style.
Surtout, je suis devenu accro à ce fameux ballon ovale, et je ne m'y attendais pas vraiment. Ma première tentative n'était pas exactement tip-top. Aujourd'hui, c'est différent : j'avais réellement envie d'y retourner, pas juste par un effet de mode ou pour voir de la fesse ; je me sens bien sur le terrain, je me roule dans la boue avec délectation, je fais groink-groink et ma queue se met en tire-bouchon ; si seulement j'avais pu découvrir le rugby quand j'avais douze ans ! Tout n'est pas rose, évidemment. Pour le moment, je suis même plutôt mauvais : je ne comprends pas encore bien où je dois me placer, je garde des réflexes stupides du hockey (j'étais défenseur, donc je restais à l'arrière, alors qu'au rugby, la défense est devant), et mine de rien, quand Gigot galope avec ses 130 kg et ses quinze ans d'expérience, j'hésite un chouïa avant de me jeter contre ses jambes. Et par pudeur, nous passerons sous silence la qualité de mes passes.
Mais putain, quel pied !
Mon autre gros buzz de l'année, c'est Berlin et l'allemand. Berlin, j'y étais passé très brièvement au tout tout début 2000 lors d'un voyage en Pologne, et à vrai dire, ça ne m'avait laissé aucun souvenir, à part celui d'une grande ville moche. Mais à l'époque, j'étais un con qui ne savait pas vivre, la musique électronique et l'architecture industrielle ne m'intéressaient pas le moins du monde, et je tenais l'allemand pour une des plus laides langues qui soient. En plus, j'étais malade comme un chien, et je tire mon chapeau à la bande de potes de l'époque d'avoir toléré ma compagnie souffreteuse pendant dix jours.
Mais voilà, ça fait quelques années qu'une bonne partie des trucs que j'écoute viennent d'Allemagne (voir plus bas), j'ai des collègues allemands vraiment sympas, et Arnaud avait des étoiles dans les yeux quand il parlait de son trip berlinois de 2005. Notre long weekend en bande de novembre dernier, puis la semaine de juillet passée en amoureux in der Stadt étaient des moments merveilleux. C'est une ville fabuleuse où on aimerait vivre. Du coup, je me suis mis à la langue depuis 8 mois, et je m'en sors bien, ce qui est vraiment cool. Deux fois deux heures chaque semaine, le mardi et le vendredi dès potron-minet ... Ce sont mes jours préférés (paske, en plus, le soir c'est entraînemeeeent !)
Et quoi d'autre ? 2007-2008, année Cassius. Cette boule de poils a débarqué chez nous à la fin de l'été dernier, et je suis dingue de lui. Quel bonheur de l'entendre miauler d'impatience derrière la porte dès qu'on entre dans l'immeuble, quel plaisir de l'entendre ronronner aussi bruyamment qu'un biplan, quelle joie de le trouver installé sur mon ventre au petit matin, quelle extase de l'envoyer balader dans le jardin quand il devient vraiment infernal. Et à cause de ses fugues, je connais la moitié des gens du quartier.
Enfin, je ne peux repasser le film de mes 28 ans sans y voir Arnaud partout. L'année n'a pas été de tout repos, ni pour lui ni pour moi, avec ses neuf mois sans travail. Surtout pour lui, évidemment. Il y a eu des moments de doute, d'incompréhension, des vacances ratées, du stress, mais je suis épaté de constater à quel point notre couple est solide, malgré nos défauts à tous les deux. Il est chaotique et par moments, ça me rend dingue ; de mon côté, je manque cruellement d'empathie et je passe à côté de toutes sortes de détails, de subtilités qui me permettraient de mieux ressentir ses émotions quand il a besoin de moi, ou d'être seul. C'est notre première relation d'adultes. On n'a pas le mode d'emploi, mais on s'en sort bien, finalement. Il m'aura fallu le temps pour l'admettre, mais les choses sont claires : j'aime cet homme.
* C'est de gourmandise que je parle. Peuh-leaaase.
3 commentaires:
Probablement un de tes posts les plus savoureux... et touchants.
- et vas-y pour le petit coup de chair de poule sur le sommet du crâne a la lecture de la derniere ligne!!! -
Gros bisous,
E.
Probablement un de tes posts les plus savoureux... et touchants.
- et vas-y pour le petit coup de chair de poule sur le sommet du crâne a la lecture de la derniere ligne!!! -
Gros bisous,
E.
J'ai adoré ce post, John-John, il est superbement écrit et bourré d'émotions brutes.
Belle rétrospective, ça me donne des envies de plagiat ;)
Biz
Micmic
Enregistrer un commentaire