Commentaire écrit par un mec la semaine dernière sous une photo d'un de mes (bien trop nombreux) profils: «beau comme un dieu!»... pas fou, je clique sur son profil: regard absolument foudroyant, sourire frais et lumineux, corps magnifiquement bronzé - et ça me veut, moi, un gars comme lui?!? On chatte un peu... Il porte le nom d'un célèbre présentateur, il vient de la Drôme (moi: «on dit les drômadaires?»), termine ses études à Liège, et il a oublié d'être idiot. Je frémis.
Dimanche, 17h58, voie 3, le train pour Eupen démarre. Je préférerais prendre l'auto, histoire de ne pas me retrouver «pris au piège» en Principauté, mais la Saxo devient décidément trop dangereuse (un tête-à-queue place Flagey le samedi soir, ça calme). Plongé dans un Stefan Zweig, je ne vois pas le temps passer: sortie du wagon en catastrophe à la fermeture des portes. Me revoilà à Liège. Plus de 6 mois depuis que j'ai refermé définitivement la porte de ce qui fut notre appartement, plus de 6 mois que je n'ai pas mis les pieds dans cette ville - M. y étudie toujours. Soudain, une incroyable nostalgie, un horrible goût de gâchis, une sensation oppressante d'échec sur toute la ligne. Il est 19h08, un train repart vers Bruxelles dans 8 minutes, je suis un étranger dans cette ville, je me sens horriblement mal.
«C'est le n°153, au 8è étage». Il m'attend au bout du couloir - ses photos ne lui rendent pas justice. Ce garçon est splendide. Mon visage est un livre ouvert, mon sourire irrépressible un aveu sans équivoque. Ce garçon est sublime. La conversation s'engage, il fait insupportablement chaud dans son studio, j'enlève mon pull, il me taquine, je recule – il est hors de question de me laisser aller, j'ai toujours à l'esprit l'inquiétude qui se lisait sur les traits de R. samedi soir à l'idée d'avoir pris au lit des risques bien minimes en regard de mes errements du mois dernier.
G. (le drômadaire) me montre ses photos (des vraies du bon vieux temps) de New York – «Oh, les tours jumelles, tu les as vues avant que…» - mes paroles s'étranglent. Sur la deuxième photo, les tours brûlent. Plus loin, on ne voit plus les tours. Émotion intense. Comment se remet-on d'avoir assisté à ça? «Ca prend du temps. Un an. Un deuxième voyage pour exorciser. On ne s'en remet pas.» Ce jour-là, j'étais dans l'avion pour Copenhague, soulagé que mon père soit encore en vie, abasourdi par l'énormité du monde, mais 3000 vies déchiquetées sous le béton à 6000km de là n'étaient rien aux yeux de la joie d'un fils d'encore avoir un père. G. a craché la poussière. G. a respiré la panique. G. a vu le monde changer.
La Terre continue de tourner. La conversation est retournée sur des rails plus banals. Tant de choses en commun. Assez de divergences d'opinion pour ne pas mourir d'ennui. Il est sublime, et je sais déjà que je ne rentrerai pas à Bruxelles ce soir. On boit, on se rapproche, je tousse (crève, saloperie de crève), il se rapproche encore, je trouve ses lèvres - «Tu vas être malade, drômadaire.» «J'espère bien.» Nuit magique.
Quatre heures que j'attends son SMS de réponse. Ne pas tomber amoureux.
6.3.06
Liège, pt. II (prologue)
Babillé à
14:16
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